Blue Signs

A review by François Garros for Jutta Muller

For the Exposition of Collectif 1
Porte Maubec at La Rochelle

English

April 17, 2015

She has the blue sign – for Jutta Muller

Something is given or not given in the work of the painter. The way the painting emerges without hesitation on the canvas. The way it has a sense of color. This is for me the adventure of the reds that, we want to believe, suddenly Jutta Muller’s canvas irradiates. Big gestures that travel through the painting.

An unhesitating painting gesture. That travels to the end. She rests in her luminous presence, her emergence. As if there was no previous action. No preparation of gesture. The painting signifies its presence, as itself.

So it is with blue that will spring from the palette of the artist, as if she had always known. Blue signs that awaited her, knew her, from the beginning on. To her own astonishment and that of the beholder.

As if something was coming true before our eyes of that order, a painting of the astonishment. More than a sense of color, a color that constantly gives meaning to life on the move, life that wants to be remembered… that escapes us constantly.

This is also the experience of large formats made in Quebec this winter with Corinne Rouveyre and Viviane Gruais Domenge, another friend who welcomes and hosts different expositions. They come to life in a movement that created an amazing balance of large gestures.

This is for me the punctum of her great paintings which comes to you and does not let you go. Oh, Painting, How Concrete as said Soulages, whom Jutta Muller, of German origin, and who divides her time between Australia and Paris. Her paintings are never the same.

Jutta Muller is the image of the lyrical abstract today – they are more numerous than we think of in France, though they are not in the newspapers, catalogs, journals, but they are, as everywhere in the world and they will one day gather – these repositories of which were from the 20th century countless letters of the art “abstract”, from Kandinsky to Rothko, which continue, in new forms which have not finished to surprise and astonish us.

François Garros

Français

17 Avril 2015

She has the blue sign – for Jutta Muller

Quelque chose est donné ou n’est pas donné dans le travail du peintre. La manière dont la peinture surgit sans hésitation sur la toile. Avoir le sens de la couleur. Telle est pour moi l’aventure des rouges qui vont, on veut croire, brusquement, s’emparer de la toile de Jutta Muller. L’irradier. De grands gestes qui parcourent le tableau.

Une peinture qui n’hésite pas. Qui va jusqu’au bout. Chaleureuse présence.
Elle est dans sa présence lumineuse. Son surgissement. Comme s’il n’y avait pas d’avant geste. Qu’il n’y ait pas de préparation du geste. La peinture dit sa présence, par elle-même.

Ainsi en est-il des bleus qui vont jaillir de la palette de l’artiste, comme si elle l’avait toujours su. Que des signes bleus l’attendaient. Pour son propre étonnement et celui de qui regarde.

Comme si quelque chose se réalisait sous nos yeux de cet ordre-là, une peinture de l’étonnement. Plus qu’un sens de la couleur, une couleur qui donne sens aux choses, à la vie en mouvement, sans cesse, la vie qu’on veut retenir… et qui nous échappe sans cesse.

C’est aussi l’expérience des grands formats réalisés au Québec cet hiver en compagnie de Corinne Rouveyre et de Viviane Gruais Domenge, son autre amie qui les accueille pour différentes expositions. Ils prennent vie dans le mouvement qui les créé, un équilibre étonnant de grands gestes.

Tel est pour moi le punctum de cette grande peinture qui vous atteint, ne vous lâche plus. Peinture ô combien concrète, comme disait Soulages dont Jutta Muller, d’origine allemande, puis qui partage son temps entre l’Australie et Paris, aime les audaces. Jamais la même chose. Toujours s’émerveiller  de la petite tâche différente que le hasard vous a léguée mais dont il faut bien faire quelque chose.

Jutta Muller est bien à l’image de ces abstraits lyriques d’aujourd’hui  – ils sont plus nombreux qu’on ne le croit en France, quoiqu’ils ne soient pas sous les cimaises de l’actualité, mais aussi un peu partout dans le monde  et il faudra un jour les rassembler  – ces dépositaires de ce qu’ont été à partir du 20ème siècle les innombrables lettres de l’art « abstrait », de Kandinsky à Rotko, qui continuent aujourd’hui, sous des formes nouvelles, qui n’ont pas fini de nous étonner.

François Garros

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